Une richesse longtemps méconnue
Les zones humides figurent parmi les milieux les plus productifs de la planète, comparables aux forêts tropicales et aux récifs coralliens. Elles assurent de nombreuses fonctions essentielles pour les sociétés humaines comme pour l'environnement. Pourtant, pendant des siècles, elles ont été perçues comme insalubres, sources de fièvres, et « bonifiées » — c'est-à-dire drainées et asséchées — pour l'agriculture ou l'urbanisation. On estime que le bassin méditerranéen a perdu une grande partie de ses zones humides au cours du siècle dernier.
Une mosaïque de milieux
Le long du littoral méditerranéen, la rencontre de l'eau douce venue des fleuves et de l'eau salée de la mer crée un gradient de salinité qui structure les habitats :
- Les lagunes et étangs saumâtres, séparés de la mer par des cordons de sable, où prospèrent herbiers, poissons et invertébrés ;
- Les marais d'eau douce et les roselières, dominés par le roseau commun, refuges d'une avifaune abondante ;
- Les sansouïres, ces étendues à salicornes adaptées aux sols salés qui se couvrent de rouge à l'automne ;
- Les salines et marais salants, où la concentration en sel favorise une faune très particulière ;
- Les prairies inondables et rizières, milieux façonnés par l'homme mais riches en vie.
Des fonctions écologiques irremplaçables
Au-delà de leur beauté, les zones humides rendent des services que l'on redécouvre aujourd'hui. Elles contribuent à la production d'une eau de qualité en filtrant les sédiments et en absorbant les nutriments et polluants. Elles jouent un rôle de régulation hydrologique : en stockant l'eau lors des crues et en la restituant pendant les périodes sèches, elles limitent inondations et sécheresses. Elles constituent d'importants puits de carbone, notamment dans les tourbières et les herbiers. Enfin, elles abritent une biodiversité exceptionnelle et alimentent des activités humaines comme la pêche, la saliculture, l'élevage extensif ou l'écotourisme.
La communauté internationale a reconnu cette valeur dès 1971 avec la signature de la Convention de Ramsar, premier traité intergouvernemental consacré à la conservation d'un type de milieu. Chaque 2 février, la Journée mondiale des zones humides célèbre cet héritage.
Des milieux sous pression
Malgré leur importance, les zones humides méditerranéennes restent parmi les écosystèmes les plus menacés. Drainage, urbanisation du littoral, prélèvements d'eau pour l'agriculture, pollution, salinisation, espèces exotiques envahissantes et changement climatique se conjuguent pour fragiliser ces milieux. La montée du niveau marin fait peser une menace supplémentaire sur les deltas et les lagunes côtières. Comprendre leur fonctionnement, comme le documente Wetlands International, est la première étape pour les préserver.
Pour découvrir un exemple emblématique de ces milieux, poursuivez avec notre dossier sur la Camargue, ou explorez la manière dont on étudie et suit ces écosystèmes.
Un gradient de vie du sel à l'eau douce
Ce qui rend les zones humides méditerranéennes si particulières, c'est la continuité qu'elles offrent entre le sel et le doux. Sur quelques kilomètres, on passe de la mer aux salines hypersalées, puis aux étangs saumâtres, aux marais et enfin aux prairies d'eau douce. Chaque tranche de ce gradient abrite une communauté de plantes et d'animaux qui lui est propre. Cette organisation en mosaïque explique pourquoi une surface réduite peut concentrer une diversité biologique aussi remarquable : il ne s'agit pas d'un seul milieu, mais d'une succession d'habitats emboîtés.
Des milieux façonnés par l'eau et par l'homme
Beaucoup de zones humides méditerranéennes sont, pour partie, des paysages culturels. Salines, rizières, marais de chasse ou pâturages inondés résultent d'une longue interaction entre les sociétés et l'eau. Loin d'être toujours nuisible, cette intervention humaine a parfois créé ou entretenu des habitats précieux. La disparition de certaines activités traditionnelles — la saliculture, l'élevage extensif — peut d'ailleurs menacer des espèces qui en dépendaient. Penser la conservation des zones humides, c'est donc aussi réfléchir à la place des usages humains dans ces territoires vivants.