Un delta façonné par le Rhône
La Camargue est née des alluvions charriées par le Rhône, qui se divise à la hauteur d'Arles en deux branches — le Grand Rhône et le Petit Rhône — avant de rejoindre la Méditerranée. Au fil des millénaires, le fleuve a déposé limons et sables, construisant une plaine deltaïque plate et basse, en perpétuel remodelage sous l'action conjuguée du fleuve, de la mer et du vent. Cette géographie mouvante explique la diversité des sols, des plus doux aux plus salés, et donc des milieux.
Étangs, sansouïres et salines
Au cœur du delta, le vaste étang de Vaccarès et le système des étangs inférieurs forment un plan d'eau saumâtre essentiel à l'équilibre de la Camargue. Autour se déploient :
- les sansouïres, étendues rases à salicornes et saladelles qui rougeoient à l'automne ;
- les marais et roselières d'eau douce, alimentés par les canaux d'irrigation ;
- les salines, où l'évaporation de l'eau de mer concentre le sel et attire une faune spécialisée ;
- les rizières, développées dans les terres hautes et qui participent à la gestion de l'eau douce.
Cette juxtaposition d'habitats sur un petit territoire fait de la Camargue un extraordinaire réservoir de biodiversité, où plus de 400 espèces d'oiseaux ont été observées.
Chevaux, taureaux et traditions
La Camargue est aussi une terre de traditions. Les chevaux blancs de Camargue, les taureaux noirs élevés en manades et les gardians qui les mènent font partie de l'identité du delta. Cet élevage extensif, mené en plein air sur les prairies et les sansouïres, contribue à l'entretien des milieux ouverts favorables à de nombreuses espèces. La culture camarguaise, la production de sel et le riz témoignent d'une longue histoire d'usages adaptés à la contrainte du sel et de l'eau.
Un territoire protégé
La valeur exceptionnelle de la Camargue lui vaut de nombreux statuts de protection. Elle est classée Parc naturel régional depuis 1970 et inscrite sur la liste des zones humides d'importance internationale de la Convention de Ramsar depuis 1986. En son cœur, la Réserve nationale de Camargue protège les milieux les plus sensibles. Le Parc naturel régional de Camargue coordonne la gestion concertée du territoire, entre préservation de la nature et maintien des activités humaines.
Pour préparer une visite responsable, consultez notre guide pour découvrir la Camargue, et plongez dans l'univers de son oiseau emblème, le flamant rose.
Le vent, l'eau et le sel
Trois forces sculptent en permanence la Camargue : le vent — le mistral qui assèche et façonne —, l'eau douce du Rhône et des pluies, et le sel venu de la mer et de la nappe. Leur équilibre, sans cesse remis en jeu, commande la répartition des milieux. Une année sèche fait remonter le sel et étendre les sansouïres ; une année humide dilue et favorise les roselières. Cette respiration saisonnière, que les gestionnaires s'efforcent d'accompagner par un pilotage fin des niveaux d'eau, est la clé de voûte de la biodiversité camarguaise.
Un delta habité
La Camargue n'est pas un désert de nature : c'est un territoire habité et travaillé. Riziculteurs, saliniers, éleveurs de taureaux et de chevaux, pêcheurs, chasseurs et, aujourd'hui, acteurs du tourisme y vivent et façonnent le paysage. La cohabitation entre ces usages et la préservation des milieux constitue le grand défi du delta. Elle passe par la concertation, la reconnaissance de la valeur des services rendus par la nature, et par des compromis patiemment construits entre tous ceux qui aiment et font vivre ce pays d'eau.