Deux bilans, une même alerte
Le troisième rapport « Zones humides méditerranéennes – Enjeux et perspectives » (MWO-3) a été publié à l'occasion de la COP15 Ramsar, organisée à Victoria Falls du 23 au 31 juillet 2025. Il prolonge les éditions de 2012 et 2018. L'Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes (OZHM) y examine les évolutions du bassin à partir de 18 indicateurs organisés selon le cadre DPSIR.
Ce cadre relie les facteurs de changement, les pressions, l'état des milieux, les impacts et les réponses. Il permet de rapprocher, par exemple, les prélèvements d'eau des changements écologiques et des mesures de gestion. À l'échelle mondiale, le Global Wetland Outlook 2025, publié par la Convention sur les zones humides, propose un autre périmètre d'évaluation. Ces deux lectures se complètent sans que leurs pourcentages deviennent interchangeables.
Des pertes anciennes et toujours en cours
Le bilan présenté par l'OZHM en février 2026 estime que plus de la moitié des zones humides méditerranéennes ont historiquement disparu. Pour la seule période 1990-2020, les pertes sont estimées à 12 %. Le premier constat décrit une disparition ancienne et étendue ; le second porte sur un intervalle précis. Il ne faut donc ni les additionner ni les traiter comme deux mesures d'une même période.
La présentation du Global Wetland Outlook 2025 par Wetlands International indique une perte mondiale de 22 % depuis 1970. Elle rapporte également qu'une zone humide restante sur quatre est déjà en mauvais état écologique et que 0,52 % des zones humides disparaissent chaque année. La surface conservée et la qualité des milieux sont ainsi deux questions distinctes : un espace encore présent peut avoir perdu une partie de ses fonctions.
L'eau, la ville et le climat
Selon l'OZHM, la disponibilité en eau par habitant a diminué d'environ 40 % en trente ans dans le sud et l'est de la Méditerranée. Ce chiffre concerne cette partie du bassin et cette mesure de disponibilité ; il ne décrit pas une baisse uniforme de tous les volumes d'eau méditerranéens. Dans le même temps, la demande et les prélèvements exercent une pression sur les apports nécessaires aux zones humides.
Les surfaces artificialisées autour de ces milieux ont augmenté de 44 % depuis 2000. L'urbanisation et les infrastructures imperméabilisent les sols, limitent l'infiltration et fragmentent les habitats. Ces transformations se conjuguent avec le changement climatique. L'OZHM rapporte une possible disparition de 69 à 92 % des marais côtiers méditerranéens d'ici la fin du siècle, liée à l'élévation marine et à la réduction des apports d'eau douce et de sédiments. Cette projection constitue un risque futur, et non une perte déjà observée.
Une biodiversité sous tension
Le bilan méditerranéen indique que 40 % des espèces associées aux zones humides sont menacées. La proportion atteint 69 % parmi les espèces endémiques du bassin. Ces valeurs portent sur des groupes différents : le second pourcentage souligne la vulnérabilité des espèces propres à la région, sans s'ajouter au premier.
La question dépasse le seul nombre d'espèces. L'OZHM rappelle que leur diversité et leurs interactions soutiennent le fonctionnement des milieux et les services rendus aux populations. Dans un bassin de près de 590 millions d'habitants, presque deux personnes sur trois vivent près d'au moins une zone humide. L'approvisionnement en eau, l'agriculture, la pêche, la régulation des crues et la protection contre les submersions relient donc directement ces écosystèmes aux territoires habités.
Des risques mondiaux à lire comme des projections
Le Global Wetland Outlook 2025 avertit que, sans action urgente, un cinquième des zones humides restantes dans le monde pourrait disparaître d'ici 2050. Les bénéfices menacés sont estimés jusqu'à 39 000 milliards de dollars US. Ce montant traduit une évaluation des services en jeu pour les sociétés, les économies et la nature. Il accompagne une projection conditionnelle : il ne représente ni une facture déjà réglée ni une certitude sur l'évolution de chaque zone humide.
Restaurer : l'ampleur du possible
L'OZHM identifie près de 88 000 km² de zones humides potentiellement restaurables à faible coût sur la rive nord, du Portugal à la Turquie. Il s'agit principalement de surfaces agricoles. La reconnexion au régime naturel d'inondation et l'évolution des pratiques de gestion figurent parmi les pistes citées. Cette estimation décrit un potentiel ; elle ne signifie pas que ces surfaces ont déjà retrouvé leur fonctionnement.
Relier le diagnostic aux réponses est précisément l'intérêt du cadre DPSIR : comprendre les pressions aide à choisir les leviers, puis à suivre leurs effets. Pour saisir comment l'eau et les ouvrages interviennent dans une lagune, le dossier sur l'étang du Vaccarès offre un exemple camarguais. Les bilans régionaux et les suivis locaux éclairent ainsi deux dimensions complémentaires de la conservation.